Le Lion et la source de St Floret
Il y avait un jour dans un pays connu sous
le nom de St Floret , de très pauvres gens qui avaient depuis longtemps
perdus toute illusion et le sens de la belle vie. C’était pour la plupart
des gens de la terre aux mains tordues par le vent froid des hivers trop rudes
et tout le temps passé à travailler la terre. Les femmes portaient
des châles noirs comme la nuit et de longues
robes qui traînaient derrière elles. Coiffées d’un foulard
si vieux qu’il s’effilochait sur les bords. . Les hommes d’un tempérament bourru , l’œil noir et le regard inquiet
regardaient
chaque étranger d’un air méfiant.
Les paroles ne sortaient que rarement de leur bouche surmontée d’une
très grosse moustache pour certains d’entre
eux. Quelques uns s’étaient laissé pousser la barbe par lassitude
sans doute. Leurs vêtements taillés dans une toile grossière
rapiécée et usée portaient les marques des labours tardifs
ou les traces des griffes de buissons épineux.. Leur pantalon tombait
sur des godillots maculés de terre , certains portaient encore des sabots
remplis de paille pour les rendre moins corrosifs. Les enfants quand à
eux avaient des yeux d’anges effrayés et quand le vent soufflait ils
clignaient des yeux . Leur visage semblait si triste qu’ils faisaient peine
à voir . Ils étaient habillés de vieux linges rapiécés
et trop court. C’étaient des gens pauvres parmi les plus pauvres que
comptait la région. Le creux des montagnes
étaient leur seul refuge . Quand la bise se mettait à souffler
, alors chacun allait se mettre à l’abri et dans chaque maison les cheminées
se mettaient à fumer… Dehors seule la cime des sapins dansait une danse
folle, quelques chiens aboyaient et se faisaient écho .
Ce pays à ce qu‘on dit portait les
traces d’un drame qui s’était déroulé il y a bien longtemps et les gens qui y habitaient succombaient sous le poids de
la douleur et de la culpabilité. Nul ne sait ce qui s’était vraiment
passé mais la rumeur dit que tous les ans un enfant mourrait juste après
l’équinoxe d’automne à la première pleine lune d’une maladie
inconnue. Et tout les ans comme une malédiction le drame se déroulait,
chacun se demandant à qui serait le tour . Dans ce pays nulle fête
était organisée la musique était bannie car le cœur n’y
était plus …
C’est dans cette ambiance qu’un jour du mois de septembre un cirque passant par là, planta le chapiteau sur la petite place du village d’à coté, à Saurier exactement car à St Floret les maisons étaient blotties le long de la rivière et il ne laissait pas suffisamment d’espace pour un chapiteau et sa ménagerie . Les gens de Saurier ressemblaient à ceux de St Floret et la malédiction avait semble t-il fait tache d’huile ils se ressemblaient par leur étrange attitude et leur apparence sordide. Le soir de la représentation il y eu un curieux événement , seuls quelques places avaient été vendues et les bêtes s’agitaient anormalement dans leur cage . Il y avait un lion et une lionne , un singe et plus un lama , un âne et deux chèvres attachées à un piquet . Les gens de ce pays n’avaient pas le cœur à aller au cirque pourtant devant l’insistance de certains enfants quelques parents s’étaient décidés et pour quelques sous ils avaient emmenés leurs bambins sous les lumières du chapiteau. Les lions tournaient en rond et se mordaient le queue .. Le singe se jetait curieusement contre les barreaux de sa prison en poussant des cris si bien qu’ils réussirent à interrompre le spectacle juste au moment ou le clown blanc allait entrer en scène. Avaient–t-ils pressentis quelque chose d’anormal, de curieux de surnaturel peut être , on dit que les animaux ont l’extraordinaire faculté de ressentir certaines choses que les humains ne ressentent pas.
La
suite nous le prouva car une fois le spectacle interrompu tout le monde jeta
un regard sur la cage ou était enfermé les deux lions qui rugissaient
tant et tant qu’un frisson couru le long du dos de tous ceux qui étaient
là et bien au-delà, dans la vallée encaissée ou
coule la Couze . C’est alors qu’apparut dans le ciel
brumeux la silhouette d’un étrange fantôme gigantesque et noir,
c’était La Malédiction qui voulait s’abattre sur le petit cirque
qui avait osé
troubler la torpeur entretenue. Ce fantôme
de la malédiction
glaça les deux communautés.
C’est alors que le lion qu’on appelait Gargantua tant son appétit était
grand et ses crocs démesurés excité au maximum par cette
apparition surnaturelle sauta si fort contre les barreaux de sa cage, qu’ils
cédèrent . La terreur du lion avait décuplé sa force.
Il poursuivit le fantôme de la Malédiction tant et tant qu’il finit
par le saisir quelque part du coté de St Floret sur le bord du ruisseau
, sur les flancs de la montagnes . Gargantua mordit la Malédiction plusieurs
fois et lui en arracha une morceau.. Celle-ci voulu s’enfuir mais le lion devenu
fou de peur et de colère la rattrapait sans cesse . L’ombre maléfique
lacéra la gueule du lion à plusieurs reprises de ses griffes longues
et sales . Sa cape noire lui donnait une certaine apparence humaine, mais Gargantua
ne se laissa pas démonter malgré sa position de relative faiblesse
il sauta au cou de la Malédiction et serra fort ses mâchoires comme
des pinces de forgeron . Si fort que celle-ci en se débattant laissa
échapper un cri effroyable, un hurlement à la mort si puissant
qu’il résonna dans la vallée à mille lieux à la
ronde ! Avant de succomber elle réussit néanmoins à frapper
ce pauvre Gargantua d’un grand coup de poignard qu’elle sortir de dessous son manteau. Le fantôme de
la Malédiction mourut et c’était bien mérité tant
le mal qu’il avait fait était immense et avait rendu la population de
la vallée totalement soumise et anxieuse. Quand à Gargantua avant
de mourir, il poussa un rugissement encore plus grand que le cri du fantôme
et se figea instantanément comme un bloc de pierre en baissant légèrement
la tête. Depuis ce jour nul ne subit encore une seule fois le sort de
la Malédiction, les enfants ne mourraient plus après l’équinoxe
d’automne et les gens réapprirent à vivre . Ils réécoutèrent
de la
musique et sur les joues
des enfants il ne coulait plus de larmes de tristesse et de peur mais des
larmes de joie et de gaieté. Les femmes au printemps qui suivit portèrent des vêtements plus colorés car
elles n’avaient plus peur de perdre leur enfant et certaines d’entre elles pour
conjurer davantage le sort chaque fois qu’un enfant était malade montaient
dans la grotte qu’on appèle aujourd’hui la « fontaine du
ventre «
et trempaient un linge d’un enfant malade.
Puis d’un geste brusque le lançaient sur le plafond de la grotte. Si le linge restait collé l’enfant malade serait guérit, si le linge retombait c’est que le remède
n’était pas bon . Il fallait alors changer de médication, si vous
ne croyez
en rien à cette histoire , allez donc jeter un coup d’œil du côté
de Champeix entre Saurier et St Floret, il y a là dans la vallée,
à flanc de coteaux une tête de lion gigantesque en pierre. Dame
Nature dans son immense bonté lui donne même à boire car
elle a fait jaillir une source juste au-dessus de la tête
de Gargantua une source « appelée
la source de la Tête de Lion « pour qu’il puisse
se désaltérer à tout jamais et cela n’est que justice rendue.