Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existées est tout à fait fortuite.
Tous droits réservés copyright mars 2006 Frédéric Gomez ( Fico)
Textes originaux protégés Dépôt légal mars 2006 ISBN 2-907397-00-1
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JULIEN , LISETTE et la SOURCE St AUBIN

 

   Le bâton que tenait Julien lui servant de canne était aussi tordu et vrillé que son propre corps. Le temps, les frimas n’avaient épargnés ni l’un ni l’autre. C’était à la fin de l’hiver. Un vent glacial tournoyait enrobant l’immense silhouette du Puy-de-Dôme puis vint s’étaler sur la plaine de Laschamp tel un monstre rugissant faisant vaciller le vieil homme. Il marchait à pas lents et lourds luttant contre le souffle de la bête. Sa vieille cape noire virevoltait tel un mouchoir et ses cheveux blancs hirsutes lui donnait l’air de sortir directement d’un livre très ancien. Il venait du petit village de Ceyssat et passant par le Col de la Moreno ses pas l’avaient amené au bord de cette plaine immense, au pied de ce volcan éteint . D’aucun disent de celui-ci, encore aujourd’hui, qu’il pourrait se réveiller et créer bien des déboires aux habitants de la grande ville située sur le parcours des vents dominants. Que faisait-il ce vieil homme perdu au milieu de nulle part dans la nuit qui devenait de plus en plus profonde ? Il semblait être guidé par son bâton et par des souvenirs lointains, tête baissée  les yeux rivés au sol boueux.

   Quand il était jeune, Julien était un homme vif et costaud , d’allure altière, son regard bleu et ses cheveux noirs  comme du charbon lui avait valu bien des conquêtes féminines. A vingt-huit ans il battait la campagne par monts et par vaux dit-on et l’Auvergne n’en manque pas. Du Cantal aux Combrailles en passant par le Cézallier il avait pour métier d’offrir ses bras vigoureux à qui voudrait l’embaucher pour la saison pendant la fenaison ou à l’approche de l’hiver pour couper le bois. Rien n’était insurmontable pour lui tant sa force physique était impressionnante. Il trouvait du travail dans n’importe qu’elle ferme et n’avait que l’embarras du choix mais se plaisait à rester là ou les repas étaient mieux servis et la soupe abondante. La qualité et l’accueil des fermiers jouait pour beaucoup dans ses choix car c’était un gars dont le cœur ne pouvait se passer de ces humbles attentions distillées par certains fermiers ou plutôt certaines fermières devrais-je dire. Il s’arrêtait là ou son cœur lui disait de s’arrêter. C’est ainsi qu’un jour il connu Lisette, fille d’un fermier rustre mais sympathique qui avait  pris Julien en affection et le considérait comme son propre fils. Chaque année à la même date Julien s’arrangeait pour ne pas rater le rendez-vous avec le père Roger comme il se plaisait à le nommer. C’était pour lui l’assurance d’un travail bien rémunéré et d’une bonne soupe chaude chaque soir servie par celle dont les yeux pétillaient de bien être et d’admiration quand elle croisait le regard de Julien. Il y avait quelque chose dans l’air quand ils se trouvaient dans la même pièce. Julien faignant de ne pas la voir, les yeux dans sa soupe, son esprit, lui, ne se gênait pas. Toutes ses pensées accompagnaient cet être délicieux qu’il avait pourtant vu grandir au fur des années.

    Lisette était une belle fille à présent et commençait à causer bien des soucis à Père Roger qui prenait de plus en plus conscience qu’un trésor était sous son toit et épiait toute personne susceptible de le dérober. Biensur Julien en faisait partie, mais paradoxalement c’était le seul en qui il avait confiance. Il n’était en rien semblable à ses frustes  qui, en un rien de temps, auraient collés leur regard sur les jupes de Lisette sans pouvoir sans détacher.  Elle était un peu boulotte mais cette rondeur lui conférait encore plus de charme. Ses yeux gris-verts ronds et larges subjuguaient par leur beauté . Quand elle souriait son visage devenait lumière faisant apparaître des dents blanches bien alignées et remonter ses pommettes écarlates. Ses cheveux longs et blonds mal coiffés se déversaient de part et d’autre de son visage d’ange surmonté d’une frange inégalement taillée. Cela lui donnait une allure sauvageonne. Elle était d’une taille moyenne. Julien avait remarqué qu’elle lui arrivait à hauteur du menton lui qui était un peu plus grand que la moyenne. Lisette se plaisait parfois à l’approcher quand il était dans les champs sous le soleil ardent elle venait lui apporter à boire. La fourche à la main il s’arrêtait net de travailler laissant suspendue dans les airs cette touffe de foin dont il n’en avait plus rien à faire ! Car quand il la voyait il restait comme paralysé par le bonheur qui l’envahissait. Il n’osait pas se l’avouer et malgré maintes réticences de son égo mal placé il en vain un jour à l’abdication totale de son auto-censure. C’est ainsi qu’il compris que l’amour était en lui comme le sang dans ses veines. Quand il réalisa cela il prit peur car jamais un sentiment d’une telle force n’avait pris place dans l’ensemble de son corps. Lui qui l’avait vu grandir adolescente puis jeune femme à présent, seul restait cet amer sentiment de culpabilité par rapport à Père Roger qui n’avait cesse que de chasser les gueux et prétendants de toutes sortes. De son côté Lisette s’étonnait elle aussi de l’effet grandissant que lui faisait Julien. Un simple regard croisé, une toute petite seconde au fond de ses yeux la faisait rougir comme un coquelicot si bien que consciente du phénomène elle évitait soigneusement son regard en présence de son père et préférait baisser les yeux. Tout au fond d’elle même elle le trouvait si beau , si attachant, si doux que son cœur ne résistait pas à un échange de regards prolongé. C’était comme si son corps parlait pour elle, ses mains tremblaient parfois quand elle posait le bol de soupe devant Julien. Le simple frôlement de cet homme qu’elle connaissait pourtant depuis des années la décontenançait.. Pour ne pas trahir ses impulsions inexplicables elle finit par ne plus servir à table près de Julien. Elle servait du côté de son père qui était assis en face puis faisait glisser le bol à Julien  qui ayant compris instinctivement tendait ses longs bras pour le saisir sans lever les yeux ou alors simplement pour fixer le patron Père Roger. Un simple merci des plus neutres sortait de sa bouche, lui qui aurait voulu s’esclaffer : «  Merci , ma belle Lisette, merci, merci pour tout ce que tu es, je t’aime, je ne sais pas pourquoi mais je t’aime plus que tout ! Cette soupe je vais la boire comme si elle venait du ciel, c’est toi que je vais boire , ton corps, ton âme, merci ma belle..!« …Père Roger qui n'était pas né lors du dernier orage finit par se douter qu'ils n’étaient pas indifférents l’un à l’autre. Il y a des choses dites qui ne le sont pas et des choses non dites qui le sont. Mais d’une manière étonnante cela ne l’incommodait pas , car c’était Julien , son Julien. Il eut même un semblant de rictus involontaire une soir en voyant Julien plonger dans son assiette quand apparut Lisette pour servir. Plus elle approchait, plus il disparaissait  dans sa soupe, lui qui se tenait droit d’habitude ne devenait que l’ombre de lui même quand elle apparaissait dans la pièce. Roger décida de laisser faire. Il se souvint alors comment il avait connu et aimé sa tendre épouse qui devait lui donner ce bel enfant. Il n’aurait pas voulu que son propre père ou qui que ce soit fasse obstacle à cet amour d’antan. Sa souffrance aurait été insupportable tout comme le fut la disparition de sa femme prématurément . Sa plaie restait encore béante et ne se fermerait qu’avec le couvercle de son cercueil pensait-il… Il ne voulait pas faire subir à Julien ce qu’il ne voulut pas qu’on lui fit. Père Roger contrairement à certains "rabougreux" de la campagne avait une très haute estime de l’amour, pour y avoir goûté lui-même. Son apparence austère , de chêne brut, il n’en possédait pas moins à l’intérieur un cœur gros comme une patate. C’était son expression favorite : «  j’en ai gros sur la patate aujourd’hui ! « Cela voulait dire : «  j’ai bien travaillé , je suis très fatigué « , c’était sa façon à lui de détourner l’attention tout en évacuant la profonde peine qui le rongerait jusqu’à la fin de ses jours.. Seule sa fille était capable de saisir ce double sens subtil. Sa patate à lui s’était son cœur et quand il l’évoquait Lisette savait qu’il avait pensé très fort à sa mère disparue depuis déjà dix ans. Peu à peu Julien et Lisette avec la bénédiction inavouée de Père Roger en vinrent à se retrouver seuls quelques fois à la tombée du jour juste après le souper . Devant la ferme près du puits dans une semi-obscurité propice à tous les aveux. C’était là pour tous les deux un moment d’extrême bonheur qu’ils se plurent à renouveler de plus en plus, puis quotidiennement. Cela devint un rite. Roger les voyait faire depuis la fenêtre de sa cuisine et c’est là qu'il en avait «  très gros sur la patate ». Sa femme lui manquait et la retrouvait en Lisette alors que dans cet homme maladroit et courbé de timidité il y voyait sa propre image. Un soir devant ce spectacle attachant , derrière les carreaux poussiéreux quand Julien pris timidement la main de Lisette une larme coula sur sa joue et il la laissa couler le long de ses rides jusqu’au bout du menton ou elle se perdit dans sa barbe de cinq jours.

   Dehors les jeunes , comme il les appelaient, de plus en plus proches chaque jour. Puis un soir à l’heure rituelle il ne les vit plus près du puits. Julien et Lisette d’un commun accord avaient décidés de ne plus s’exposer de la sorte devant la maison car ils savaient jusqu’ou pouvait aller leur attirance mutuelle. Il était sûr que de Manson à St Genès, d’Orcine à La Font de l’arbre que la nouvelle se répandrait très vite.  Un matin d’orage alors que Père Roger mena ses bêtes à la foire aux bestiaux de La Rodade à Montferrand, Julien prétexta une blessure au pied droit pour ne pas l’accompagner comme il le faisait d’habitude. Lisette était seule à la maison et préparait déjà le dîner quand dans le cadre de la porte de la cuisine Julien apparut ( ne boitant plus ! ). 

___ Lisette .. ! viens je dois te dire quelque chose … !

    Elle ne fut qu’à peine étonnée et devinait ou espérait depuis longtemps ce qu’il avait à lui dire , ce serait sans doute quelque chose de beau de tendre… Elle retira les casseroles du feu de la cuisinière à bois, s’essuya les mains sur son tablier de maîtresse de maison qu’elle jeta à travers la pièce. Julien la prit par la main et ils sortirent ensemble loin de la ferme. Sur la route de Manson une petite promenade était propice aux genres d’aveux auxquels Lisette s’attendait. Julien avait tout prévu, tout calculé et la tirant par la main, sûr d’être seuls, perdus dans l’immense plaine de Laschamp à l’ombre de la chaîne des Puys il lui fit une déclaration d’amour des plus romantiques, des plus fougueuses et des plus sincères que la Chaine des Puys eut jamais entendu.

   Il faisait très beau, le soleil piquait les visages et un léger vent d’ouest faisait danser la belle chevelure de Lisette. Tout était réuni pour que la déclaration d’amour fut emprunte du plus pur romantisme qui soit. Après avoir cueilli quelques fleurs des champs il s’agenouilla devant elle et lui tendit son bouquet de fleurs sauvages en lui disant avec une accentuation profonde :

___Lisette, je t’aime… «  puis il ajouta «  Je t’aime plus que tout au monde, plus que le ciel et la terre et que les volcans en soient témoins , je t’aimerais jusqu’à la fin de ma vie et même au-delà … » Les mots sortaient les uns accrochés aux autres, ce discours là n’était pas calculé, écrit , appris par cœur, il sortait des entrailles d’une être profondément amoureux comme la lave trop longtemps contenue dans l’antre d’un volcan.

___Je t’aime tant Lisette que mon cœur explose quand je te vois et qu’il saigne quand il ne te voit pas, je jure devant le ciel, la terre et le feu de t’aimer jusqu’à la fin des temps. La vie de l’Univers n’est rien à côté du temps que j’aimerais passer auprès de toi. Tu es mon soleil, réchauffe moi mon amour, toujours réchauffe moi…. Je t’aime tant !… » A ces mots Lisette embrassa les mains tremblantes de Julien puis s’agenouilla d’elle même dans la grande prairie immense et belle. La gorge nouée par cette déclaration si profonde, si romantique, si irréelle, Lisette ne put que lâcher un maigre :

___ Moi aussi… ! … je t’aime … «  Avant de fondre en larmes dans les bras de son bien aimé.

   Les deux amoureux restèrent ainsi longtemps agenouillés collés l’un à l’autre pleurant de bonheur et s’embrassant passionnément , tendrement. Il prit entre ses deux grandes mains le visage de sa bien-aimée et le couvrit de baisers tendres sur le front, le nez , la bouche , les joues pas un millimètre carré de son visage n’y échappa . Lisette ne put que tendre les lèvres en fermant les yeux. La chaleur du soleil qui venait frapper directement son visage le rendait écarlate ainsi que les baisers fous de son amoureux. Ils finirent par s’étreindre de tout leur corps et rouler dans l’herbe chaude en poussant des cris de bonheur. La prairie en fut toute aplatie, beaucoup de fleurs ne s’en relevèrent pas !.. jusqu’au moment ou ces deux corps n’en formant qu’un vinrent buter contre un arbre, le premier d’un bosquet. Les deux amoureux imbriquèrent leur regard, étonnés d’avoir été stoppés dans leur roulade folle. La vue du bosquet les inspira tout naturellement , ils y trouvèrent refuge pour l’accomplissement total de leur amour, cachés du reste du monde ! Ils devinrent amants pour l’éternité et pendant des jours , des semaines, des années ils revinrent sans cesse  dans ce petit bosquet pour s’enivrer de tendresse et s’aimer d’un amour irréel et absolu.

   Bien après la mort de Père Roger les deux amants qui habitaient ensemble dans la maison du père venaient régulièrement à l’ombre du bosquet… C’est là que la malheur s’abattit un jour sur la pauvre Lisette dans sa trentième année. Alors que les deux amoureux plaisantaient et se chamaillaient comme au début de leur amour, un vilain frelon vint à planter son dard sous le menton de Lisette juste sur la gorge. Elle poussa un grand cri en disant :

__C’est une guêpe, une grosse guêpe ! « tout en se tenant  le cou qui se mit à enfler spectaculairement et très rapidement.

Julien désemparé ne savait que faire pour soulager sa bien- aimée… Elle se coucha sur l’herbe le visage gonflé et rouge, ses yeux ne voyant plus l’agonie fut brève et presque instantanée. Le temps d’un éclair elle perdit la vie dans un souffle rauque et effrayant… Julien la pris dans ses bras tremblants lui massant le visage et sa gorge démesurée . Il ne savait dire sans s’arrêter que:

__Lisette …Lisette…Lisette…Lisette…. » De grosses larmes coulèrent sur son visage décomposé par la souffrance. Tout était arrivé si vite !

__Reviens BB ! Lisette mon amour « …Il poussa alors un cri de douleur si fort qu’on l’entendit à des lieux, un cri d’horreur et d’amour tel un fauve meurtri touché à mort. Sa douleur fut si grande que ses cris devirent des hurlements. La nature toute entière suspendit son souffle, il n’y eu plus aucun bruit seul la voix de Julien résonnait dans les montagnes…Lisette avait fermé les yeux.

   Les cris de souffrance laissèrent place aux pleurs, Julien qui tenait encore son amour dans les bras  versa toutes les larmes de son corps et  même bien davantage. Des grosses larmes chaudes s’abattaient sur le sol, encore et encore durant des heures, il ne fit que pleurer. On dit qu’il resta ainsi pendant plusieurs jours et plusieurs nuits déversant à torrent tout ce qu’il lui restait jusqu’à épuisement total. Chaque larme tombée s’infiltrait dans le sol et il en eut beaucoup près du petit bosquet ou ils s’étaient tant aimé !…

   Depuis ce grand malheur on ne revit plus Julien de la plaine de la Limagne jusqu’aux plombs du Cantal, du Limousin aux Monts du Forez jamais personne ne le croisa, il s’était comme fondu dans la nature. Jusqu’à ce soir du mois de février ou la silhouette d’un vieil homme apparut comme par magie. Tremblant, cheminant lentement  un bâton tout noueux à la main. Peu de gens le virent passer mais la nouvelle alla bon train car dans le pays on connaissait  bien l’histoire, c’était devenu même une légende que les grands parents racontaient aux enfants. Tout le monde savait qui était Julien et Lisette et comment s’était terminé cette histoire d’un amour fou.

__C’est Julien… ! «  dit un ancien presque à voix basse après son passage devant chez lui… » il revient…c’est lui je le reconnais… » Les gens du village que venait de traverser le vieil homme se regroupèrent autour de l’ancien en l’écoutant avec attention, étonnés puis subjugués

__C’est Julien je vous dit ! Il revient … regardez le il va vers le bosquet !…

   En effet la silhouette du vieillard se dirigeait vers le petit bosquet sur la route de Manson. Les villageois  l’observaient de loin puis quelques uns le suivirent à distance convaincus que c’était bien Julien , l’homme de la légende qui revenait. Ils étaient fascinés et cela devint communicatif… Sans bruit , en chuchotant tous les habitants sortirent de leur maison et à pas plus lents que le vieil homme se dirigèrent vers lui, comme  on suit une vision de peur qu’elle ne disparaisse. Convaincus qu’il allait se passer quelque chose, que tout cela n’était pas normal ou alors tellement extraordinaire après tant d’années ! Le retour de Julien paraissait surnaturel.

   Quand il atteignit l’orée du bosquet une grande foule le suivait à distance sans bruit , chacun tenant un flambeau ou même une bougie, car la nuit était profonde déjà et le ciel couvert ne laissait apparaître aucun scintillement d’étoile. Il s’arrêta à l’endroit ou bien des années auparavant il avait tant aimé Lisette, il baissa la tête comme pour mieux s’imprégner des images du passé . Sa silhouette se confondait avec le paysage obscure. Il resta là durant de longues minutes recueilli puis sembla soudainement habité par quelque chose ou quelqu’un. Son vieux corps vrillé se redressa miraculeusement en levant la tête il brandit son bâton en direction de la constellation d’Orion. D’une voix claire et forte assurément pas celle d’un vieillard rabougri , il s’exclama :

___Mon amour … ! Je viens te chercher… ! « 

Puis il frappa trois coups avec son bâton sur le sol trempé, celui-ci trembla alors comme surpris dans sa somnolence. Un grand «  houu .. ! » d’étonnement et de peur se fit entendre dans la foule qui restait là à quelques dizaines de mètres . Au moment de l’impact du troisième coup de bâton jaillirent des étincelles électriques sous les pieds de Julien, puis un feu d’artifice, des fontaines d’étincelles se succédèrent l’enveloppant  totalement. Un boule de feu s’en échappa et passa au-dessus de la foule qui restait muette de stupeur. Un ruban blanc fait d’étincelles , de  poudre d’étoile et de sable enveloppa l’homme qui ne bougeait pas, le regard toujours tourné vers l’étoile Beltégeuse d’ Orion…Ce ruban devint de plus en plus lumineux et s’enroulait autour des ses bras, ses cuisses, son torse, son cou , sa tête puis s’éleva à quelques mètres au dessus de lui et resta suspendu durant quelques secondes avant de venir percuter le sol devant le Julien créant  un gigantesque gerbe d’étincelles d’or et d’argent . La foule observa alors Julien encore plus attentivement quand il se pencha, il était de dos et son ombre dansait dans la lumière du feu d’artifice qui s’éteignait peu à peu.  Il semblait saisir une une forme humaine visible de plus en plus quand Julien la porta à hauteur de sa poitrine  toujours tourné le dos à la foule, quelqu’un , sans doute un ancien ne pu s’empêcher de crier :

___ C’est Lisette !.. c’est Lisette.. elle est revenue .. elle est vivante !… «  En effet  comme toute étourdie après un long sommeil le visage de Lisette s’anima et fixa, avec tendresse, Julien qui ne s’était toujours pas retourné.

La foule unanime ne put retenir un :

___   Hooo.. ! «  prolongé de stupéfaction !

L’homme qui portait Lisette dans ses bras se retourna presque brusquement et cria à la foule médusée

___ Je vous avais bien dit que nous resterions ensemble pour l’éternité et que l’amour est plus fort que tout ! vous n’aviez donc pas compris !… »

    Julien qui n’était plus ce vieillard courbé, rajeunit de seconde en seconde , se rides s’effaçairent les unes après les autres, ses cheveux retrouvèrent leur densité et leur noirceur . Ce fut un véritable miracle. Il venait de retrouver sa jeunesse du temps ou il était avec Lisette , il rajeunit de soixante ans en une minute…. Il finit par dire d’une voix de plus en plus assurée et forte .

___  Nous laisserons ici nos larmes . Celles de la joie et de la peine ... " Ce  furent là ses dernieres paroles.

   Lisette qui était rayonnante de bonheur dans les bras de son bien aimé comme si le temps s’était arrêté depuis plusieurs dizaines d’années, pencha sa tête et la posa sur la poitrine de Julien en fermant les yeux de bonheur. Le couple dans un halo de lumière s’éleva lentement du sol, leurs regards étaient soudés puis prenant de la vitesse au fur et à mesure de leur ascension ils atteignirent la vitesse de la lumière dans une traînée de poussières blanches comme celle des comètes. On ne vit bientôt plus qu’un point lumineux qui diminuait peu à peu . Le ciel s’était découvert et Orion qui s’était levée à l’ouest finit par avaler ce minuscule point de lumière.

  Julien avait gagné, il allait vivre avec son amour de toujours jusqu’à la fin des temps. Quand tout fut finit, il planait sur la plaine un silence profond et mystérieux, puis des voies d’enfants déchirèrent le silence puis vint celle des femmes et des hommes . Chacun semblait sortir d’un rêve et les commentaires fusaient. Un enfant s’approcha de l’endroit ou était réapparu le jeune couple puis dit : «  il y a de l’eau qui sort !.. «  Sa mère se précipita vers l’enfant et fixant à son tour le sol s’écria :

___ Ce sont les larmes de Julien .. ! elles ressortent.. elles ressortent.. ! elles remontent à la surface… »

 Un filet d’eau jaillissait de terre.

___  .. et celles de Lisette aussi «  dit un homme qui s’était approché précédent la foule qui s’approcha curieuse et encore ébahie. Tout le monde tomba d’accord pour dire que c’était bien les larmes du couple qui coulaient là.

  Aujourd’hui le filet d’eau est devenu une source elle coule en abondance et ne tarie jamais même par temps de sécheresse. Dans la plaine de Laschamp au pied du Puy-de-Dôme . Ils y en a qui beaucoup qui disent que c’est une source de jouvence, qu’elle efface les rides, rend ceux qui la boivent amoureux, guérit les chagrins d’amour et qu’elle est très bonne pour les yeux.

    Je vous ai conté l’histoire de la source St Aubin mais pour moi, elle restera la source de Julien et Lisette.